lettre n° 56 : jeudi 8 février 2007

                                            " Fin de l'aventure"

      Il parait que toutes les bonnes choses ont une fin... A croire que seules les mauvaises n'en ont pas ! Me voici donc à quelques heures seulement de quitter la Terre Adélie, et cet endroit magique où je viens de passer seize mois. Seize mois durant lesquels les superlatifs n'ont pas de nom, car  "... L' Antarctique a cette force d'attraction des choses inaccessibles qui appellent l' Homme à s'engager avec passion. Ainsi ne revient-on jamais le même d'un long séjour sur le continent blanc. Dans cet univers sans repère, sans odeur, sans couleur autre que le bleu et le blanc, sans bruit autre que celui du vent, dans ce monde d'une infinie pauvreté sensorielle, l' Homme n'a pas d'autre issue que d'apprendre à s'apprivoiser lui-même. Quand on a oublié qu'il fait froid, que le silence est infini, qu'on s'est défait de l'agitation du monde, quand l'insdispensable se réduit à peu de choses, on sent grandir en soi le bonheur de l'harmonie, ce sentiment agréable où en toute sérénité on se sent bien là où on avait rêvé d'être..."

          Samedi 10 février, celui qui navigue depuis plusieurs années déjà dans les quarantièmes et cinquantièmes rugissants, et qui porte le nom d'un des navires de Jules Sébastien César Dumont d' Urville, me ramènera en Tasmanie, l'occasion de contempler durant les six jours de traversée ces géants des mers que sont les Albatros. Ensuite, eh bien ! ce sera l' Australie pour un à deux mois de vacances avant de rentrer en France sans doute fin avril.

      Ce dernier mail est l'occasion pour moi de remercier sincèrement :

- les chercheurs (Henri Weimerskirch, Yves Cherel, Olivier Chastel, Charly Bost, Christophe Barbraud, Christophe Guinet) du groupement Ecologie des Oiseaux et des Mammifères marins des Terres Australes et Antarctiques Françaises, du Centre d'Etudes Biologiques de Chizé, pour la chance qu'ils m'ont offerte et la confiance qu'ils m'ont accordée en me permettant de travailler sur la faune de Terre Adélie.

- l' Institut Polaire Français Paul-Emile Victor, de m'avoir rendu accessible et possible cette mission en Antarctique.

- ma famille pour son soutien indéfectible dans cette fantastique aventure polaire.

- Jean-Benoît Charassin (Muséum National d'Histoires Naturelles), et Virginia Andrews-Goff (Antarctic Wilddlife Research Unit, University of Tasmania) pour m'avoir impliqué dans le programme de suivi des Phoques de Weddell de Terre Adélie.

- Jean-Baptiste Strobel, ami fidèle, hivernant au même poste en 2001 sans qui, s'il ne m'avait parlé un soir autour d'un verre de la Terre Adélie, je ne serai pas là.

- vous tous, inscrits à cette liste de diffusion ( deux cent quatre vingt cinq inscrits), dont je ne connais même pas le quart des personnes, pour vos messages de sympathie, vos interrogations, votre émerveillement, vos courriers, vos cadeaux...

            Je rentre bien entendu heureux de pouvoir retrouver ma famille, et mes proches avec un certain nombre d'idées en tête pour faire partager cette année passée ici : édition de cartes postales, posters, calendriers, expositions photos, conférences, diaporamas... Année polaire oblige, les sollicitations seront sans doute nombreuses, et elles commencent déjà ! Le nouveau site internet www.dumont-durville.ift.fr est terminé, avec plus de cent cinquante pages contenant sons, vidéos, photos et texte. Il sera mis en ligne vers la fin avril.

Thomas, camarade de mission déjà rentré en France par la rotation précédente, m'écrivait il y a quelques jours : " J'espère que tu profites bien de ces dernières semaines dans ce pays hors du temps et du commun. Une fois rentré, on se demande vraiment si l'on a réellement vécu tout ça ! Par contre, pas facile de partager cette aventure : tout le monde me demande de raconter plein de trucs et surtout comment c'était ; mais c'est très dur de répondre à ces attentes."

A bientôt...en France !

     Qu' est ce que ce fut bon !    Mais..., que c'est dur !...

Proveysieux